Décès de Maurice Chevit (1923-2012)

Triste nouvelle pour les amateurs du cinéma français populaire, avec la disparition de Maurice Chevit, inoubliable Marius des Bronzés font du ski (1979). Celui dont la carrière ne se résume, pour beaucoup, qu’à ce rôle, avait aussi tourné pour Julien Duvivier, René Clément, Henri Decoin ou Jean-Paul Le Chanois dans les années 1940 et 1950. Avec Patrice Leconte, il avait également tourné Le mari de la coiffeuse, Ridicule, La veuve de Saint-Pierre et L’homme du train. Son autobiographie, préfacée par le metteur en scène des Bronzés, est intitulé d’une de ses plus célèbres répliques « J’m’arrête pas, j’suis lancé ».

Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? (1968) : le mirage africain !

Cette comédie italienne au titre à rallonge (Riusciranno i nostri eroi a ritrovare l’amico misteriosamente scomparso in Africa ?) est un mélange pas très subtil de Au coeur des ténèbres, Hatari ! et Tintin au Congo, à savoir les mésaventures d’un improbable duo romain qui s’enfonce en Angola, à la recherche d’un parent devenu chef d’une tribu. Tout est attendu sur leur chemin, et rien n’échappe à la caméra pataude du metteur en scène : animaux de la brousse, indigènes dans les arbres, villages dansants et autres restes du bon temps des colonies.

A priori sympathique (il n’y a qu’à voir l’affiche ci-contre, et la présence d’Alberto Sordi et Bernard Blier pour s’en convaincre), cette comédie est aujourd’hui difficilement regardable, la faute à de nombreux défauts techniques tels qu’une photographie inexistante, proche de celle d’un documentaire, une mise en scène épouvantable et une postsynchronisation des voix amateur, à la limite du grotesque. Ettore Scola filme l’Afrique comme un jeune engagé dans la Coloniale voudrait l’imaginer et les quelques moments censés dénoncer les excès des occidentaux sont menés de main de tâcheron ; ainsi de la scène où un portugais roule sur un pont maintenu à bout de bras par les villageois, dont le comportement offusqué de Sordi, patron tyran et méprisant, est difficile à entendre.

L’aventure n’est pas au bout, loin de là, car elle ne commence jamais réellement, le réalisateur préférant empiler maladroitement des séquences exotiques, pseudo-comiques, qui finissent par lasser avant même de susciter un vague intérêt.

Bienvenue parmi nous (2012) : goodbye Marylou !

Jean Becker poursuit son bonhomme de chemin depuis de longues années et livre chaque année son petit téléfilm sur grand écran, parfois gratifié d’un réel supplément d’âme (Les enfants du marais, Effroyables jardins), parfois dans la caricature lourdingue (Dialogue avec mon jardinier, La tête en friche). Bienvenue parmi nous ne déroge pas à la règle et fait presque figure de film d’auteur, tant la patte du réalisateur est à présent reconnaissable.

Sans génie, sans originalité, mais avec simplicité et sincérité, cette jolie histoire nous entraine tranquillement vers des séquences attendues, touchantes, et une fin étonnante de sobriété. Toutefois, un déplacement au cinéma n’est pas essentiel.

10 jours en or (2010) : les égarés …

Petite comédie en forme de road-movie, 10 jours en or raconte l’histoire d’un VRP solitaire qui se retrouve avec un petit garçon sur les bras, qu’il doit conduire chez son père dans le Sud de la France. Rien de bien original, ni sur la forme, ni sur les personnages rencontrés : un vieux malade qui retrouve le sourire (Claude Rich, impeccable), une jeune fille paumée qui retrouve sa route, un petit garçon qui veut retrouver sa famille, des paysans accueillants, des responsables d’entreprises méprisants. Mais un Franck Dubosc étonnant qui trouve là, à mon sens, son meilleur rôle, loin des imbéciles improbables des Camping et autres Marquis. Sobre, en retenue, il s’ouvre une brèche vers un registre dramatique qui lui conviendrait surement mieux. Le film évite, en outre, des poncifs trop lourds, propres au téléfilm, sans pour autant s’éloigner d’un chemin très balisé et franchement mal éclairé.

Johnny Stecchino (1991) : Parrain malgré lui !

Voilà des années que je cherchais à voir cette comédie italienne, quatrième long-métrage de Roberto Benigni, passée inaperçu en France et, de fait, difficilement trouvable. J’ai d’ailleurs dû me contenter d’une épouvantable version VHS, très mal doublée en français. Mais qu’importe puisque l’essentiel était de découvrir ce film, basé sur un ressort comique classique, celui du sosie d’un homme important, à qui il arrive des malheurs. Roberto Benigni, acteur et metteur en scène, incarne donc un gentil naïf recruté, sans qu’il le sache, par la femme d’un parrain palermitain pour servir de couverture à son mari. De là, un enchaînement de quiproquos et de situations où le pauvre gangster malgré lui tente de conquérir l’amour.

Nettement moins réussit que Le monstre (1994), son film suivant, notamment parce qu’il met trop de temps à se mettre en place, Johnny Stecchino a toutefois le mérite d’être intelligemment construit, avec l’humour à retardement propre à son auteur (les passages à l’opéra et à la soirée du ministre sont de franches réussites) et son personnage de clown amoureux, toujours de la belle Nicoletta Braschi (son épouse à la ville), qu’il fait évoluer de film en film.

Le Grand soir (2012) : Fils de personne !

Très attendu et alléchant, ce cinquième long-métrage du duo Delépine-Kervern avait pourtant de quoi séduire ; des acteurs formidables, un rien déjantés, un sujet féroce et des réalisateurs prometteurs. Mille fois hélas, ces qualités ne surgissent pas assez et ne restent que les défauts d’un film très convenu, prétexte à un enchaînement de situations plus ou moins amusantes, où les acteurs déroulent leur savoir-faire en improvisation, sans cadrage, sans direction, sans but.

La mise en scène épurée qui trouvait un sens dans Mammuth (2010) empêche ici l’histoire d’avancer et impose de longues scènes d’ennui, à l’image de ce dialogue de sourd entre Dupontel et Poelvoorde au début du film.

Les rares moment de plaisir peuvent être considérés indépendamment de cette histoire qui se veut un tantinet punk ou anarchiste. Photographié et filmé comme un documentaire, ce Grand soir s’égare complètement, rend ses personnages antipathiques et collectionne les représentations grossières de la société qu’elle veut dénoncer (le patron du magasin de literie), au son des logorrhées musicales de Brigitte Fontaine et des Wampas. De quoi vouloir voter à droite.

Le pire étant pourtant ailleurs puisque le film a été présenté comme un brûlot, sélectionné à Cannes, vendu sur le plateau du Grand Journal et fêté dans une soirée privée avec l’anarchiste Jean Dujardin. Un vent punk a soufflé sur la Croisette, c’est Arianne Massenet qui nous l’a dit … Une pure anarchie, en somme. Grotesque.

Indian Palace (2012) : la nostalgie du RAJ

Cette gentille comédie britannique bien formatée entend narrer les péripéties d’une poignée de séniors partis vivre leurs derniers jours en Inde. Réalisé par John Madden, qui doit sa petite renommée à Shakespeare In Love, ce film n’aurait absolument aucun intérêt s’il n’était interprété par de très bons acteurs anglais, tels que les toujours merveilleux Bill Nighy, Maggie Smith et Judi Dench.

Le scénario déroule gentiment, pendant plus de 2 heures, ses situations convenues et son flot de (trop) bons sentiments, entre jeunesse dynamique et fougueuse du propriétaire de l’hôtel (interprété par l’indien de service à Hollywood depuis son succès dans Slumdog Millionnaire) et décrépitude lente et emprunte de nostalgie dans l’équipe des vieux, tous beaucoup trop différents pour être honnêtes (la raciste, la veuve, le gay, le couple usé …). Le choix de l’Inde – outre la commodité scénaristique de la langue – est difficile à défendre car il pose à chaque séquence « exotique » le problème d’un passé qui ne passe pas, que l’on pourrait interpréter avec un peu de mauvais esprit comme du néocolonialisme, une mélancolie de l’empire glorieux où l’on viendrait désormais oublier ses problèmes existentiels. Les charmes inépuisables de l’Orient remis au goût du jour, les britanniques-saumons revenant sur leurs terres pour y mourir ayant encore et toujours quelque chose à apprendre aux « indigènes ». C’est magnifique ou insupportable, au choix.

Reste une mise en scène plate (la scène des Tuk Tuk est révélatrice de ce point de vue, jamais le réalisateur ne parvient à créer une illusion de vitesse ou de danger, pourtant réelle) mais servie par un casting haut de gamme et quelques dialogues amusants, notamment sur la sexualité. A voir pour relativiser la vieillesse ou pour s’adapter progressivement à son côté soporifique.