Le Grand soir (2012) : Fils de personne !

Très attendu et alléchant, ce cinquième long-métrage du duo Delépine-Kervern avait pourtant de quoi séduire ; des acteurs formidables, un rien déjantés, un sujet féroce et des réalisateurs prometteurs. Mille fois hélas, ces qualités ne surgissent pas assez et ne restent que les défauts d’un film très convenu, prétexte à un enchaînement de situations plus ou moins amusantes, où les acteurs déroulent leur savoir-faire en improvisation, sans cadrage, sans direction, sans but.

La mise en scène épurée qui trouvait un sens dans Mammuth (2010) empêche ici l’histoire d’avancer et impose de longues scènes d’ennui, à l’image de ce dialogue de sourd entre Dupontel et Poelvoorde au début du film.

Les rares moment de plaisir peuvent être considérés indépendamment de cette histoire qui se veut un tantinet punk ou anarchiste. Photographié et filmé comme un documentaire, ce Grand soir s’égare complètement, rend ses personnages antipathiques et collectionne les représentations grossières de la société qu’elle veut dénoncer (le patron du magasin de literie), au son des logorrhées musicales de Brigitte Fontaine et des Wampas. De quoi vouloir voter à droite.

Le pire étant pourtant ailleurs puisque le film a été présenté comme un brûlot, sélectionné à Cannes, vendu sur le plateau du Grand Journal et fêté dans une soirée privée avec l’anarchiste Jean Dujardin. Un vent punk a soufflé sur la Croisette, c’est Arianne Massenet qui nous l’a dit … Une pure anarchie, en somme. Grotesque.

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Mammuth (2010) : la tendresse …

Le film, à l’image du personnage principal magistralement interprété par un Gérard Depardieu en état de grâce – frère de cinéma du Wrestler/Rourke de Darren Aronofsky -, offre sous des dehors bourrus une véritable humanité et une bouffée de liberté dont le cinéma français n’use que bien trop rarement. Les réalisateurs se payent le luxe d’un casting trois étoiles (Adjani, Moreau, Lanners, Poelvoorde, Hosmalin, Nahon, Delpy père et Mouglalis, géniale) pour un film sans budget, sans équipe, sans esthétique.

La mise en scène épurée à l’extrême et économe de tout mouvement de caméra offre de très grands moments (le repas des VRP) comme elle bride parfois le rythme du film – trop de plans fixes devient langoureux (ou fainéant, au choix). Reste cette formidable histoire, en forme de faux road movie, qui plonge un homme usé au cœur de son passé et de ses démons. Avec la dose d’humour noir et de décalage qu’on était en droit d’attendre de ces transfuges grolandais, ce Mammuth nous va droit au cœur.