Décès de Nora Ephron (1941-2012)

J’ai eu ma petite période Nora Ephron, je dois l’avouer. Quand on a tout juste 15 ans, difficile de résister au charme de Meg Ryan, à l’époque où la chirurgie esthétique ne l’avait pas encore dévastée : Nuits blanches à Seattle et Vous avez un mess@ge restent des comédies romantiques tout à fait honnêtes, supérieures en partie à la production française similaire, déversée chaque mois sur nos écrans. Son dernier film, Julie & Julia, était d’un niveau moindre malgré les présences amusantes de Meryl Streep et Amy Adams.

Publicités

Johnny Stecchino (1991) : Parrain malgré lui !

Voilà des années que je cherchais à voir cette comédie italienne, quatrième long-métrage de Roberto Benigni, passée inaperçu en France et, de fait, difficilement trouvable. J’ai d’ailleurs dû me contenter d’une épouvantable version VHS, très mal doublée en français. Mais qu’importe puisque l’essentiel était de découvrir ce film, basé sur un ressort comique classique, celui du sosie d’un homme important, à qui il arrive des malheurs. Roberto Benigni, acteur et metteur en scène, incarne donc un gentil naïf recruté, sans qu’il le sache, par la femme d’un parrain palermitain pour servir de couverture à son mari. De là, un enchaînement de quiproquos et de situations où le pauvre gangster malgré lui tente de conquérir l’amour.

Nettement moins réussit que Le monstre (1994), son film suivant, notamment parce qu’il met trop de temps à se mettre en place, Johnny Stecchino a toutefois le mérite d’être intelligemment construit, avec l’humour à retardement propre à son auteur (les passages à l’opéra et à la soirée du ministre sont de franches réussites) et son personnage de clown amoureux, toujours de la belle Nicoletta Braschi (son épouse à la ville), qu’il fait évoluer de film en film.

Décès de Susan Tyrrell (1945-2012)

Très peu connue en France, ou des cinéphiles les plus pointus, Susan Tyrrell vient de mourir, âgée de 67 ans. Elle fut le premier rôle féminin de La Dernière chance de John Huston, en 1972, et la partenaire de Ben Gazzara et Ornella Muti dans Conte de la folie ordinaire, de Marco Ferreri. Son dernier grand rôle remontait à 1990, dans Cry-Baby, aux côtés de Johnny Depp, de l’excentrique réalisateur John Waters.

Henry Hill : un destin cinématographique !

Henry Hill Jr. vient de mourir. Difficile bien sûr de pleurer la mort de celui qui fut un gangster notoire au service de la Cosa Nostra, mais l’occasion de rappeler que sa vie fut immortalisée dans l’ouvrage de Nicholas Pileggi (Wiseguy) et adaptée au cinéma par Martin Scorsese dans le classique Les Affranchis (Goodfellas, 1990).

Ray Liotta fut le formidable interprète de cet homme qui avait « toujours rêvé d’être un gangster », aux côtés de Joe Pesci et Robert de Niro, et qui brûla la vie par les deux bouts pendant de longues années avant d’être rattrapé par la justice. Pour éviter la prison, il devint informateur pour le FBI et balança tous ses anciens amis, qui terminèrent leurs jours en prison. Depuis lors, il vivait libre mais sous protection policière permanente, dans la crainte d’être victime des représailles de la mafia.

Cette liberté qui n’en était pas une, mêlée à une vie désormais banale, offrit au cinéma l’une de ses plus belles fins :

Boogie Nights (1997) : quand la taille compte !

Les années d’un cinéphile sont marquées ponctuellement par des découvertes si belles que l’émotion qui s’en dégage reste la même avec le temps qui passe, comme autant de souvenirs qui continuent à nous donner foi dans le meilleur, quand bien même la médiocrité et les déceptions n’en finissent plus de vouloir nous en éloigner. Je n’oublierai jamais ma découverte nocturne de Lawrence d’Arabie et ce sentiment de sentir autour de moi l’immensité désertique et sa pureté, comme je n’oublierai pas une dernière séance peu fréquentée du Wrestler de Darren Aronofsky, qui me tourmenta pendant des nuits, et me fit comprendre pourquoi j’aimais le cinéma. La vision quasi enchantée de Boogie Nights s’inscrira dans cette lignée inoubliable où vivent les chefs d’œuvres qui nous rendent la vie plus belle.

A la fin des années 70, aux États-Unis, un jeune homme, conscient du très fort potentiel commercial de son sexe hors normes, décide de devenir une star du porno. Sous la direction d’un réalisateur réputé, il entre dans le monde d’outrances et de liberté de la pornographie…

Dans un long format de presque 2h30, Boogie Nights est l’histoire d’une ascension vertigineuse et de la chute presque aussi rapide d’un jeune homme qui n’était pas prêt pour cette aventure. C’est sur ce schéma classique – grandeur et décadence – que Paul Thomas Anderson entend mener son deuxième long-métrage, avec un certain nombre de modèles comme inspiration(s). C’est de ce point de vue l’élément le plus banal de son film, un canevas prévisible qui se déroule sans rupture inattendue ou révolution scénaristique … du moins en ce qui concerne l’histoire.

La grande force de Paul Thomas Anderson est sa remarquable mise en scène où, dès le premier plan, il insuffle une véritable maîtrise et des choix audacieux, à l’image de ce plan séquence d’introduction où tous les principaux personnages se croisent dans le tohu-bohu d’une boîte de nuit. Cette volonté de suivre les héros de son histoire au plus proche, sans coupures, comme pour faire du spectateur un véritable participant de l’intrigue, revient régulièrement dans le film, avec beaucoup de talent et de précision.

Les nombreux personnages évitent l’écueil d’une caricature pas si lointaine parce qu’ils sont tous creusés et que le scénario s’arrête sur eux, quitte à sortir des chemins balisés : ainsi d’un runing gag très amusant avec la femme infidèle de William H. Macy qui se termine en véritable drame (« Ma putain de femme est en train de se faire défoncer dans l’allée ! »), en passant par l’homosexualité cachée de Philip Seymour Hoffman ou les déboires familiaux, plus convenus, de Julianne Moore. Burt Reynolds semble né pour ce rôle de réalisateur porno, serein et élégant, respecté pour son travail et son flair. Il détonne d’autant plus face à la jeunesse incontrôlée d’un Mark Wahlberg efficace, dont on a bien du mal à cerner les choix de carrière.

Considéré comme l’un des six samouraïs de Hollywood par Sharon Waxman (les grands réalisateurs naissants des années 90), Paul Thomas Anderson impose avec Boogie Nights une mise en scène très inspirée, à tous points de vue. La virtuosité et la légèreté des déplacements de caméras ne sont pas sans rappeler le meilleur de Martin Scorsese – Les Affranchis, ou plus encore Casino, sorti deux années auparavant -, qu’il cite presque directement dans la dernière scène du film : Mark Wahlberg face à un miroir de loge, se persuadant que le spectacle continue en récitant sa tirade, c’est encore un peu Robert de Niro rajeuni déclamant à nouveau « That’s entertainment ! », le porno en plus (on voit, enfin dirons certains, l’objet de toutes les admirations depuis le début du film). D’aucun y verront un plagiat éhonté ou une prétention à vouloir atteindre les sommets sans gravir la montagne, et on ne pourrait pas vraiment leur en vouloir. Mais avec la deuxième partie du film, plus dramatique, le réalisateur montre qu’il sait tout aussi bien s’inspirer du meilleur de sa génération : les situations désespérées, où de longs dialogues précèdent la violence, rappellent les deux premiers films de Quentin Tarantino, Reservoir Dogs et Pulp Fiction.

Dans Boogie Nights, Paul Thomas Anderson peut agacer par l’invocation voyante de ses pairs, et s’attirer les foudres d’une critique à la rate amère et fatiguée. Pour ma part, j’y vois la naissance d’un très grand cinéaste, qui a depuis largement fait ses preuves (There will be blood), qui réalise un hommage au cinéma qu’il aime, en même temps qu’une belle fresque sur une histoire de l’industrie pornographique américaine. Le réalisateur pose les bases récurrentes de ses films (les forces d’un homme à se tirer vers le haut), passant du simple faussaire de génie à celui d’auteur inspiré.

DVD : Montparnasse Pondichéry (1994)

Dans la très bonne et récente collection Gaumont à la demande, j’ai découvert totalement par hasard l’existence de ce DVD, que j’ai emprunté par curiosité. Le dernier film de Yves Robert en tant que réalisateur raconte la rencontre de deux personnalités, qui ont en commun de passer leur baccalauréat à un âge où ils devraient songer à leur retraite. Ils se découvrent, s’apprécient, s’aiment, vivent ensemble, deviennent inséparables.

Si le postulat de départ et quelques situations du scénario semblent difficiles à concevoir, l’ambiance est très appréciable grâce aux talents de Yves Robert, Miou-Miou, André Dussollier et Jacques Perrin (dans un petit rôle), et à la poésie qui se dégage constamment de cet univers un peu trop beau pour être vrai. Le réalisateur ne se refait pas, et livre son testament cinématographique avec les ingrédients qui ont fait sa renommée et son succès : la bonne humeur, la bande de copains, l’amour et l’humour décalé. Il y a fort à parier que ce petit film doit être culte pour certains, ou en passe de le devenir.

Cette collection très simple n’offre que le film, dans une copie non restaurée (très convenable ici), sans le moindre bonus (pas essentiels non plus). Notons aussi la très jolie musique de Vladimir Cosma, dont certains thèmes participent réellement à l’ambiance chaleureuse du film.