Décès de Ernest Borgnine (1917-2012)

Ernest Borgnine était l’une des dernières légendes vivantes de Hollywood, un de ces acteurs que l’on pense immortels, à la filmographie longue comme le bras et qui nous replonge dans les grands moments de l’histoire du cinéma américain. Second rôle la plupart du temps, Borgnine a marqué mes années de cinéphile, alternant des prestations dans une incroyable collection de très grands films : c’est d’abord Tant qu’il y aura des hommes (1953), puis Johnny Guitar l’année suivante, faisant de lui l’archétype du gros bras, bagarreur et fort en gueule, au large sourire. En 1955, il était de l’aventure de Vera Cruz face à Gary Cooper et Burt Lancaster, puis d’Un homme est passé, où personne n’a oublié la manière violente et comique dont il se faisait rosser par un Spencer Tracy manchot. En premier plan cette fois, il fut l’interprète inoubliable de L’homme de nulle part (de Delmer Daves), jaloux d’un Glenn Ford entreprenant, ou des Vikings aux côtés de Kirk Douglas, Tony Curtis et Janet Leigh. Les cinéphiles du monde entier n’oublieront jamais son fameux Ragnar et son saut, l’épée à la main, dans la fosse aux loups en invoquant le dieu Odin !

Les années 60 et 70 furent moins riches de classiques, mais Ernest Borgnine s’y affirma un peu plus dans Barabbas, avec Anthony Quinn, ou dans Les douze salopards, de Robert Aldrich – il reprit d’ailleurs son rôle dans une épouvantable suite mise en scène par le tâcheron Andrew McLaglen. En 1969, il figura au prestigieux générique de La horde sauvage de Sam Peckinpah, grand western crépusculaire, reflet de la fin d’un genre majeur dont il avait participé à quelques grands moments. Fidèle, il retrouva le réalisateur pour un rôle de flic teinté d’ironie dans Le Convoi (1978).

Ernest Borgnine participa également à quelques films catastrophes comme Odyssée sous la mer, Le jour de la fin du monde (avec Paul Newman) ou L’aventure du Poséidon, qui m’avait laissé un très agréable souvenir. Sa fin de carrière est de moindre importance, même si de nouvelles générations ont découvert cet acteur si jovial grâce à Supercopter ou des voix de Bob L’éponge. Dernière apparition notable dans Red (2010) aux côtés de Bruce Willis et Morgan Freeman.

Quelle carrière que celle d’Ernest Borgnine ! Sa disparition laissera sans nul doute un cruel vide, et plongera les cinéphiles du monde entier dans une nostalgie que réactivent régulièrement les disparitions des acteurs et actrices qui nous ont fait rêver. Borgnine incarna au cinéma les méchants que nous aurions voulu rencontrer, violents mais souvent bons, illuminés d’un sourire enchanteur, qu’il ne perdait jamais. A l’écouter, et à voir ses multiples apparitions, sa vie était un rêve qu’il dégustait chaque jour. Loin des personnages de brutes qu’il endossait à l’écran, l’homme était d’une incroyable gentillesse, d’une simplicité déconcertante au regard de son parcours. Je lui avais dit dans un courrier tout le bien que je pensais de lui, et il m’avait gentiment renvoyé deux photos dédicacées, dont celle-ci à mon prénom.

Curieusement, alors que je viens d’apprendre sa mort, c’est l’image de Marty (1955) qui me revient, et non celle du terrible Ragnar (un des plus vieux souvenirs de ma jeunesse), celle d’un sympathique américain, au physique banal, voire enveloppé, désireux de rencontrer une femme simple, comme lui, et de l’aimer simplement. Je n’avais pas compris en le voyant pour la première fois pourquoi une telle avalanche de récompenses prestigieuses (Oscar, Palme d’or, BAFTA, Golden Globes) pour ce film certes très sympathique mais conventionnel. Aujourd’hui, près de 60 ans après sa sortie et avec la disparition de son interprète principal, il apparaît que c’est le cinéma que nous aimons, dont nous rêvons tous, reflet de la vie ordinaire de millions de personnes ; Ernest Borgnine n’était pas une star, ni une idole, mais un second rôle au sourire inoubliable à qui nous pouvions tous nous identifier. Raimu affirmait, en référence aux deuxièmes et troisièmes couteaux du cinéma français, qu’ils étaient comme la pointe d’ail qui fait tout le goût d’un bon gigot. Ce soir, et pour longtemps, Ernest Borgnine définitivement parti rejoindre les étoiles, c’est avec une pointe d’amertume que j’irai repenser et rêver au bonheur qu’il nous apporta au quotidien.

Voici une vidéo récapitulant sa carrière en images, lorsqu’il reçut un Lifetime Achievement Award des mains de Morgan Freeman :

Décès de Maurice Chevit (1923-2012)

Triste nouvelle pour les amateurs du cinéma français populaire, avec la disparition de Maurice Chevit, inoubliable Marius des Bronzés font du ski (1979). Celui dont la carrière ne se résume, pour beaucoup, qu’à ce rôle, avait aussi tourné pour Julien Duvivier, René Clément, Henri Decoin ou Jean-Paul Le Chanois dans les années 1940 et 1950. Avec Patrice Leconte, il avait également tourné Le mari de la coiffeuse, Ridicule, La veuve de Saint-Pierre et L’homme du train. Son autobiographie, préfacée par le metteur en scène des Bronzés, est intitulé d’une de ses plus célèbres répliques « J’m’arrête pas, j’suis lancé ».

La mission du capitaine Benson (1956) : les fantômes de Custer …

Alors qu’il revient à Fort Lincoln avec sa fiancée, le capitaine Benson apprend le massacre de la 7ème de Cavalerie, et la mort du général Custer. Alors que des soupçons de manquement à son devoir s’abattent sur lui, il se porte volontaire pour aller récupérer le corps du général en territoire indien.

Exploitant le mythe du général Custer et de sa défaite cinglante à Little Big Horn, La mission du capitaine Benson propose d’en traiter les conséquences, ce qui fait toute son originalité. Dans un rôle taillé sur mesure, Randolph Scott est l’interprète idéal de ce type de personnage sans véritables contradictions, droit dans ses bottes et dans ses valeurs, aussi avare de sourires qu’il aime son drapeau. On peu d’ailleurs regretter un peu ce côté unilatéral, loin des meilleurs westerns de Budd Boetticher où, d’emblée, son personnage apportait un passé tragique et tourmenté.

Sa volonté à retrouver son honneur en acceptant une mission suicide m’a rappelé Ceux de Cordura, de Robert Rossen avec Gary Cooper, que j’ai toujours défendu, et j’ai été très heureux de voir dans les bonus du DVD que Patrick Brion y faisait référence : et pour cause, les deux films sont adaptés de nouvelles du même auteur.

Le film, assez court (1h15), n’offre pas de scènes spectaculaires ni d’action véritable, préférant se concentrer sur des séquences dialoguées, efficaces. Les deux séquences de bagarre sont d’ailleurs les moins réussies du film, la faute à des cascades ridicules et une mise en scène disparate. Tout bon amateur de western appréciera pourtant le spectacle de ce très joli film, non exempt de clichés (le dernier plan du film est le drapeau américain) mais au scénario suffisamment original pour susciter l’intérêt.